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Comment l’incestuel maternel peut-il être ressenti ?

Comment l’incestuel maternel peut-il être ressenti ?

« une fille parle de sa mère » :

La mère incestuelle, abusive, s’est égarée dans la confusion des générations, elle n’a jamais pu guérir ses blessures affectives, narcissiques de son enfance.

 

Plus qu’une confusion, il y a comme un glissement de terrain où les générations peuvent se substituer l’une à l’autre, où les limites entres elles se franchissent allégrement, où toutes les frontières sont désinvesties de leurs rôles et les fronts sont interchangeables. Une conviction s’instaure où l’évidence des origines se perd, où le tabou de l’inceste n’incarne aucune valeur ancestrale, une conviction fragile et profonde à la fois fondée sur des failles narcissiques béantes qui suppurent, un climat incestuel qui instille insidieusement une indifférenciation entre les générations et qui se diffuse au cœur de l’enfant.

 

La mère incestuelle ne s’acte pas, l’incestuel est un climat humide, poisseux, une ambiance sombre, un décor de carton, sans que jamais l’inceste ne soit franchi, il se distille imperceptiblement dans toute la famille nucléaire-forteresse, se diffuse et fait le vide, instille le doute, le secret, le silence, les non dits, et écarte les membres du monde objectal.

L’incestuel imprègne toute la vie psychique de l’enfant et de la famille sans que jamais l’inceste ne s’accomplisse dans ses formes génitales. Car au delà de l’acte, c’est la relation qu’instaure la mère qui nous intéresse ici et le registre psychique. L’incestuel prend corps, prend vie dans son rapport avec la séduction narcissique et avec la période prégénitale (antoedipe) et bien en opposition à l’Oedipe et à ses fantasmes, l’antoedipe nous éloigne déjà des conditions névrotiques.

Mais la mère incestuelle n’entend pas se déprendre de la relation narcissique qui devrait être nécessairement temporaire, en analogie et en parallèle avec le narcissisme primaire et secondaire, l’idée de s’en défaire fait naitre en elle une rage insupportable, d’ailleurs la perspective qu’elle n’a pas, de séparation, de croissance, d’autonomie de son enfant réveille un manque incommensurable et invivable. Elle tient à rester en communion éternelle.

 

Mais au delà de cette séduction narcissique interminable se trame davantage une séduction totalement détournée de ses buts naturels, car l’enfant lui aussi veut séduire sa mère intensément sauf que la relation n’est pas symétrique et prend des allures manipulatoires. Désormais c’est elle qui dirige, ils ne sont pas sur un pied d’égalité, elle gouverne, elle tyrannise et bien sûr se cache là tout prés, un père consentant qui se tait, dont la fonction est subtilisée, annihilée, écartée.

 

Et voila qu’elle peut faire maintenant obstacle à toute forme de croissance et d’autonomie psychique de l’enfant, il entre dés lors dans la disqualification et dans la souffrance sans qu’il ne le ressente de manière directe. La mère incestuelle est affamée, assoiffée de confirmation narcissique, avide, un puits sans fond que l’enfant bouchon, bouche trou va remplir. Il sera son miroir : « dis moi qui est la plus belle… » Un enfant miroir à qui incombe la tache de lui renvoyer une image rassurante, flatteuse, contenante.

Elle fait de lui un objet complémentaire qui représente docilement sa partie manquante, il la complète, la rend entière (sans doute est-elle un peu morcelée). Enfant-pénis, mais plus encore qu’un désir phallique, sans doute encore plus vital que cela, car il est celui qui est le garant de son identité, la preuve de son existence, son avatar mais en mieux. Il est en charge, en responsabilité de la rendre vivante, existante.

 

La mère incestuelle va rendre son enfant indéfectible, indétachable : Elle pour gagner en narcissisme et lui pour perdre en autonomie. La perversité de ce climat trouble est que cet enfant instrument et instrumentalisé a malgré tout une valeur. Il est narcissiquement flatté, honoré d’être le baromètre qui augmente la puissance narcissique maternelle, il la rend « heureuse » et peut se flatter d’être indispensable pour elle…

 

A ce stade, il bénéficie encore d’une grandeur fantasmatique à laquelle il a largement contribué dans cette mère idéalisée, il profite d’une exclusivité absolue. Il est le seul, l’unique, l’élu même au niveau sexuel…

La mère incestuelle cultive la relation de vie ou de mort : elle déclame souvent : « toi et moi contre le monde entier », « nous n’avons besoin de personne, on s’est toujours débrouillé seul », « toi et moi nous gagnerons », « ne me quitte pas, sans toi je meurs »…

Une relation où la pulsion de mort s’exhibe ! Un exhibitionnisme sémantique ! Où l’inceste est dessiné en pointillé sans jamais être consommé.

 

Mais la mère incestuelle n’a pas qu’un tour dans son sac, après la phase de séduction vient la phase de la capture, du piège qui se referme, l’oiseau est enserré, la séductrice tendre, protectrice est à présent une prédatrice redoutable et l’enfant captivé par son aura est désormais captif. La symbiose cède la place à la geôle.

Sans doute fut-elle elle-même enfant cette captive… sans doute a-t-elle été elle-même frustrée précocement. L’hyper protection qu’elle prodigue n’est autre qu’un immense souci narcissique, elle s’agrippe à l’enfant et ce qui l’occupe l’empêche de s’adonner à la séduction narcissique originelle qui a pris depuis une déviance pathologique. L’excès narcissique a nui au narcissisme originel.

 

La séduction narcissique n’a pas cédé la place à la relation objectale afin que le moi de l’enfant s’édifie positivement, au lieu de cela la séduction narcissique n’a eu de cesse de se répéter inlassablement dans une quête illusoire identitaire.

 

La séduction narcissique a échouée du fait de son asymétrie. Dans un contexte moins pathologique les deux narcissismes (de la mère et de l’enfant) se cherchent, se trouvent, se découvrent dans une rencontre satisfaisante, aimante et bienveillante. Mais ici il y a une inégalité majeure dans l’attente de l’autre, une disproportion, où l’excès de la demande, de l’attente de la mère est exorbitante et écrase l’attente de l’enfant, l’étouffe.

 

La mère incestuelle diffuse une violence silencieuse, une violence qui taraude, qui ampute la qualité même de l’enfant et le discrédite dans son identité propre, dans son autonomie, dans sa psyché et dans son corps. Une violence qui ronge son désir et éteint ses plaisirs. Dans ce climat incestuel profond, tenace, secret mais organisé et presque invisible pour l’extérieur, l’enfant est disqualifié dans son élaboration fantasmatique, dans sa capacité de désir, dans son droit de se refuser à la satisfaction, dans son droit au plaisir, dans son intégrité du moi, dans l’intégrité de ses pensées. – un enfant privé d’Œdipe -

 

La mère incestuelle façonne une éclopée psychique qui ne peut plus se fier à ses désirs, à ses fantasmes, à ses besoins, à ses imagos, à son corps.

Quel pourrait être cet objet à qui se fier ?

Pas le père, il est lui-même annihilé, écarté, déchu, maudit…

 

La disqualification associée à la séduction abusive de la mère incestuelle inflige des conséquences cliniques : l’enfant objet de séduction incestuelle peut être utilisé comme un instrument érotique sans passage à l’acte. Malgré l’hyper protection paradoxalement, on peut parler de négligence affective car c’est le trop et le mal donné qui en font cet objet narcissique. Pas d’émoi maternel, que des blessures qui saignent, dans un climat incestuel qui serait une forme particulièrement mineure d’un inceste exécuté sur le plan moral.

 

Dans cette relation, la mère investit l’objet comme un ustensile, « un vrai objet » au sens commun, mais dans notre registre psychanalytique il est investi comme un objet partiel, un objet narcissique, un objet déobjectalisé, un non objet, mais qui pourtant sera admiré, adulé, idolâtré.

L’objet incestuel « idole » a pour fonction d’illuminer la mère, un investissement qui lui doit en retour le faire briller en secret car le paradoxe fantasmatique c’est qu’elle lui confère tous les pouvoirs, il y croit.

L’enfant est tout à la fois : fille, maitresse, mère dans une totale indistinction.

Quel enfant pourrait bien supporter, résister à une telle adulation sans s’y perdre ?

Mais qui admire qui ?

L’objet incestuel est captif, prisonnier d’une projection narcissique qui l’envahit car il doit être tout ! Incarner tous les objets internes qui font défaut à sa mère idolâtre narcissique. La mère a sans doute perdu son père, évincé son mari, l’a surement délaissé, subi les inconséquences de sa mère, supporté l’effraction traumatique…

C’est dans ce vide abyssal que se construit l’objet incestuel qui va combler par délégation son monde déserté, dévasté. Il va concrétiser ses projections d’idéal.

 

Telle est la tache immense de l’objet incestuel si obéissant, tache valorisante et mortifère qui lui demande aussi d’ignorer toute trace de ses origines, mère à mise part. Il est question de faire l’impasse sur les origines du père géniteur, « il vient du ruisseau !» disait-elle, le dénigrement pour rempart et paramètre exclusif. Mais l’objet incestuel doit requérir une autre fonction : il doit rester l’unique, le seul, le disponible, l’immuable présence à tous instants afin de pallier aux absences intérieures de la mère, à ses carences. La proximité physique est un impératif, une constante dans la relation incestuelle, c’est le jeu de la bobine à l’envers…

 

Par ailleurs l’objet incestuel a peu de possibilité de nourrir ses intentions propres car on lui demande seulement d’être le miroir embellisseur, d’être un élixir de jouissance, une potion d’enfance archaïque, un substitut de l’absence, un combleur de vide, il est là pour briller, la faire briller, si peu d’assises pour vivre pour lui.

 

Peut être ferait-il mieux d’être mort ? C’est une garantie imparable pour qu’il ne se sauve pas, ainsi la mère pourrait définitivement le garder et l’encenser à loisir, nous sommes là dans l’indéfectible et touchons à l’éternel. Car mort, il ne pourrait pas faillir, alors que vivant et dans l’adversité il pourrait lui échapper. Délires, fantasmes morbides. En référence en mon premier mémoire, on retrouve cette mère qui inconsciemment a retrouvé quelques mois après la mort par suicide de mon frère, une sorte de sérénité, un nirvana pulsionnel, où elle a dressé un mausolée inviolable, cultivé le deuil comme on cultive l’amour, au paroxysme du masochisme moral, elle l’a rendu éternel !

 

On constate que l’objet incestuel est aussi un objet fétiche vivant ou mort, il peut être source potentielle de jouissance sexuelle, un réservoir de pulsions foncièrement déobjectalisé. Mais cet objet partiel, fétiche à domination phallique, ce non objet est celui à qui on interdit les désirs propres, une valeur narcissique propre, l’autonomie est proscrite, où sa vie libidinale est vouée à bien des obstacles.

 

Comment pourra-t-elle tomber amoureuse sans perforer la peau narcissique de la mère ? comment fera-t-elle son propre jugement sans rompre le cordon ombilical strangulant ? Comment rentrer dans un monde objectal sans couper la corde de la contrainte et de l’emprise ? Sans tomber dans le repli narcissique.

 

Il faudra travailler sur le dés-amalgame, sur la confusion des générations, des origines, sur le lien objectal, libidinal, sur les représentations, sur les fonctions dont les perspectives ont été abolies pour passer d’une fausse postérité, d’une fausse gloire, d’une passion dévorante à un conflit visant l’autonomie.

 

Apres avoir été son porte parole quant la langue maternelle est absente, après avoir été son arme de poing contre un père vidé de sa substance et de sa loi, après avoir entendu des signifiants comme « si tu m’aimes, tu me crois », « si tu me trahis je meurs », il s’agira de se déprendre de la pensée assujettie, et de lutter contre les pulsions sado masochiques et anales.

 

Apres avoir été éblouie, séduite, complice, par une mère idéalisée, bientôt l’objet incestuel se sent flouée et entame un processus de détachement ; il ne pense plus comme elle et l’attaque déjà, il a peur de la faire mourir car elle est dépressive et simultanément suicidaire, il lutte, rentre en révolte comme on rentre en religion. La haine le guette et l’adolescence exacerbe le conflit, l’objet incestuel réalise qu’il a été utilisée, parasitée, amputée, disqualifiée, flouée. La haine renforce sa peur de détruire entrainant des défenses encore plus violentes.

 

Mais la culpabilité s’avère un ennemi redoutable, se dégager de l’emprise est un labeur épuisant, un parcours semé d’embuche s’annonce, il va de récidives en retours en arrière, il prend des dizaines d’années. Etre mère à mon tour est ce qui m’a permis de remettre chaque chose à sa place, à resituer le cadre, à reconstituer le puzzle, à démêler les amalgames, à reconnaître les places, les rôles, les fonctions, à reconstituer la trame des origines, à réinvestir les plaisirs et les désirs, à recoudre les blessures, et à régénérer le narcissisme propre.

 

Finalement on pourrait dire que la mère incestuelle se bute au sentiment tendre et que dans la sphère incestuelle ce n’est pas la tendresse qui l’emporte car l’enfant reconnaît très vite ce qui n’en n’est pas. La tendresse est cette pellicule douce, délicate, chaleureuse, agréable qui se dépose comme un voile de soie, un nuage cotonneux tout autour de l’enfant ; l’incestuel, lui, irrite, brule, démange, abrase. La tendresse ne fait pas partie du monde incestuel car les émois tendres n’y existent pas. Elle se différencie de la sensualité et ne relève pas du désir sexuel.

 

La tendresse reproduit davantage un mode d’aimance, celui qui s’étaye sur l’autoconservation, sur la pulsion de vie et qui plus tard s’étayeront sur les pulsions libidinales proprement dites. Mais ce n’est pas ce qui prévaut dans l’incestuel qui fait davantage allégeance au sexuel au détriment de la tendresse et de la transgression du tabou. Ici le mode d’investissement n’a pas de totalité affective, pas d’objet total, mais juste l’attente maternelle d’une satisfaction immédiate et plutôt sexuelle. L’incestuel ne connaît pas d’élan et son plancher est instable, perforé, il cherche à vider l’objet partiel sur un registre oral par l’envie, il cherche à le pénétrer également sur le registre phallique. Enfin dans l’incestuel il n’est pas d’enveloppement, l’enfant ne se sent pas entouré, protégé, pas de caresse tendre, seule la recherche pulsionnelle compte au lieu de la préservation. Le contact peau à peau a fait défaut autant que la sollicitude et le souci essentiel de la continuité.

Rédigé par stéphanie SOUSSAN intervenante efpp e-learning

 





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