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Quels peuvent être les bénéfices secondaires de la position de victime ?

Quels peuvent être les bénéfices secondaires de la position de victime ?

Les bénéfices secondaires possibles de la position de victime

  

La victime a vécu une situation traumatisante, suite à ce trauma réel ou fantasmé, on peut supposer qu’elle est entrée dans un processus de victimisation et que son psychisme a intégré cette position de victime, qu’elle ne connaît plus d’autre rôle que celui là, qui lui permet désormais de supporter le trauma dans un nouveau statut. S’agissant du rôle qu’elle joue à présent consciemment ou inconsciemment, on peut penser, qu’il y aura fatalement une tendance majeure à la répétition et qu’elle le rejouera continuellement aussi bien dans l’intimité, que dans les relations familiales ou extrafamiliales. Je crois que le sujet victime pense que quelque soit la situation, il ne pourra pas rejouer autre chose. Il nait donc des conséquences de ce trauma, chez la victime, un sentiment d’impuissance, mais également de perte de contrôle. A terme on peut imaginer que ce rôle puisse devenir sécurisant de par l’absence totale de prise de responsabilités. En outre la répétition peut présenter par certains cotés une sorte de confort psychique qui met la victime dans l’illusion de contrôler la situation. Incapable de rejouer autre chose, ne trouvant aucune autre solution, il nous est permis de penser que la victime s’ancre dans ce statut qui lui permet d’y trouver certains bénéfices secondaires.

 

On peut constater que dans une situation donnée, la victime a des relations objectales lui permettant de retirer de par son statut une attention particulière, elle en retire un certain crédit, par ailleurs son absence de prise de responsabilité lui permet également la possibilité de ne pas avoir à gérer de conflit psychique. Sa position l’installe dans une absence totale de confrontation. C’est dans ce confort plutôt relatif et éphémère qu’elle semble évoluer. Car dans cette position de victime elle acquiert finalement le rôle principal et peut se féliciter d’un grand nombre de gratifications. Elle bénéficie ainsi d’une reconnaissance permanente en lien avec son trauma de par son attitude, lui permettant d’exprimer ses plaintes relatives au préjudice subi.

 

De plus, face à un éventuel persécuteur réel ou fantasmé, la victime persécutée se protège par une force de manipulation qui assujettit l’autre, il s’agit de trouver en permanence un bouc émissaire, cette stratégie lui permet de ne pas se remettre en question, et de ne pas chercher les causes originelles du trauma, puisque elle trouve des réponses subsidiaires, réelles et provisoires. On peut dire que la personne persécutée est en capacité de devenir le persécuteur. « Personne ne m’aime et les autres ont forcement tort, ils ne me comprennent pas … », ce processus annhile toutes discussions car elle trouve continuellement des justifications extérieures.

 

C’est dans cet état de dépréciation, en quête d’objet aimant, et avec un sentiment de domination qu’elle élabore ses relations. Elle se sent mal aimée, refusant tantôt les marques d’affection mais apprécie de jouer ce rôle où elle en retire à ses yeux certains bénéfices. Dans la relation duelle, elle peut « coincer » l’autre et le mettre dans la culpabilité et jouir de cette situation. La faute semble toujours objectale, on peut parler de jouissantes immatures et régression totale comme du temps de l’oralité où il suffisait de pleurer, de crier pour que maman accourt. Finalement il suffit d’acculer l’autre, de l’accuser d’incompréhension pour devenir à son tour la persécutrice et jouir de cette nouvelle domination transitoire. On pourrait faire référence au stade schizo paranoïde et au stade dépressif du nourrisson tantôt persécuté, tantôt dépressif. Mais également à la relation sadomasochiste ou la relation est pervertie et où la pulsion est capable de s’inverser d’un pôle à l’autre. De ce statut de victime, elle en retire un pouvoir manipulatoire, et l’exerce sur l’autre. Elle cherche le sauveteur en vain mais ne rencontre que le « mauvais sein ».

 

Ces stratégies d’adaptation à la situation traumatique originelle lui permettent de se sécuriser en maintenant un pseudo contrôle de la situation, dans le couple que nous évoquions plus haut on peut imaginer qu’elle se place initialement en position passive, en position d’infériorité, mais peut être que le masochiste choisit inconsciemment son sadique et qu’à terme c’est lui qui tend à devenir dépendant du masochiste. Autrement dit, c’est la victime qui l’emprisonne. « Tel est pris qui croyait prendre… ». La victime maintient une relation fusionnelle avec la sadique qui la protège de son angoisse par rapport à une autonomisation qu’elle ne parvient pas à acquérir.

 

Surement que cette relation est sa seule façon d’exister, ainsi elle acquiert une certaine puissance, et se venge de son bourreau réel ou fantasmé en le devenant un peu aussi. Il y a peut être un résidu de la pensée magique de l’enfance.

 

D’un autre point de vue, on peut aussi imaginer des victimes qui ont subi un traumatisme réel, je pense en l’occurrence à un viol ou à des attouchements de la part des proches ; mais qui ont une tendance à minimiser, voire à banaliser, et même à dénier la gravité du trauma subi. Cette tendance tient je crois tout d’abord à une immense culpabilité et au sentiment de honte et il n’est pas questions pour ces victimes de remettre en cause les coupables. Car s’agissant des parents, il demeure chez la victime un amour toujours présent à leurs égards.

 

Chez ces victimes on observe quelquefois une accession à la sublimation de la douleur subie. Elles parviennent en réponse à cette souffrance à des activités hautement valorisées, notamment humaines. Le trauma refoulé est transformé en actions gratifiantes mais largement rattrapé par des conséquences somatiques importantes, ne laissant jamais la victime à l’abri d’un retour dommageable psychiquement.

 

 En conséquence, exister comme victime, c’est je crois, avoir le sentiment d’exister tout simplement aux yeux de quelqu’un, là où le sujet n’a peut être pas trouvé dans le regard de sa mère suffisamment de gratifications et de valorisations paternelles par la suite.  Ce statut de victime, nous ramène également à une peur très ancienne de la perte d’objet initial, ainsi qu’à l’angoisse du nourrisson qui perd son contenant. On pourrait dire que la plainte peut apparaître comme un appel à l’amour, une parole qui revendiquerait le sens d’une existence propre difficilement atteignable.
STÉPHANIE SOUSSAN

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